A « Labs-ordage » de la Hadopi…

C’est ce que pourraient crier les pirates à l’issue de la journée d’hier où la haute autorité présentait ses experts et son mode de travail pour les 10 mois à venir.

L’après-midi « Présentation & Dialogues avec les Experts » se tenait à la Bellevilloise, un lieu symbolique d’ailleurs, qui offrait jadis l’accès à la culture et à l’éducation aux plus modestes, et qui accueille aujourd’hui une très large variété d’évènements artistiques. C’est sans doute dans cette filiation qu’aimeraient s’inscrire les labs. Vous noterez le côté tendance du mot « labs » qui tranche singulièrement avec l’image sulfureuse de l’autorité. Un « labs » c’est quoi ? C’est le mode de fonctionnement choisit par la Haute Autorité pour mener ses travaux. Un fonctionnement qui s’articule à 3 niveaux pour chaque « labs »: un « expert » pilote, un chargé d’étude et des contributeurs externes (avec 2 statuts « rédacteur » & « commentateur » conférant des droits différents).

Présentation des Labs

Il y a 5 labs en tout, comme les « 5 doigts de la main »selon le secrétaire général Eric Walter, peut-être la main destinée à venir gifler la joue des vilains pirates (?) :

Les labs ont vocation à travailler de manière transverse et à remettre leurs propositions au collège de l’autorité. Tout à chacun peut demander à participer aux travaux http://labs.hadopi.fr/inscription.php les experts sélectionneront ceux dont la motivation et/ou le pédigrée est susceptible d’apporter de la valeur aux réflexions…

Je ne fais pas davantage l’article,  pour plus de détails sur le rôle et mission de chacun des labs http://labs.hadopi.fr/

Voici, pour la présentation factuelle du fonctionnement de l’autorité en charge de protéger les œuvres sur Internet.

Des experts indépendants ?

Le programme de l’après-midi annonçait une introduction d’une heure, puis des travaux en atelier. L’introduction en format mini-conférence de presse n’aura finalement durée qu’une vingtaine de minutes, avec un temps de question/réponse limité. Les échanges  ont  du coup simplement permis de confirmer le niveau de rémunération des experts. Comme l’avait déjà annoncé @Turblog sur son blog cette dernière est de 2000 euros net par mois.  C’est un forfait a bien précisé le secrétaire général, qui  n’est donc pas lié à un niveau de production…Chacun se fera son idée sur ce niveau de rémunération, qui correspond approximativement en  France au salaire d’un cadre moyen. L’élément rassurant est que la plupart des experts ont d’autres activités par ailleurs, si bien que leur implication dans les travaux de la Hadopi apparait comme un complément  de salaire (confortable certes, et plus ou moins significatif selon les cas) qui devrait théoriquement leur permettre de conserver une certaine indépendance. On en jugera à la fin de l’année…

La courte intro était donc suivie par un temps de travail autour de 5 tables rondes animées par les experts eux-mêmes, sans thématique ou plan pré-définis ce qui a ses avantages…mais aussi ses limites, quand plus personne n’a de question ou de remarque, on attend la pause café.

Risque de capture par les lobbys

J’ai participé à la table ronde sur l’Économie Numérique de la Création,  à la base plutôt dans une posture d’écoute et de curiosité, et ce qui m’a frappé d’entrée c’est la typologie des personnes présentes autour de  la table (en tout cas ceux qui ont pris la parole) :  plusieurs journalistes (dont je ne sais pas s’ils étaient présents pour écrire un article ou débattre de l’avenir de leur secteur, les deux n’étant pas incompatibles), une représentante d’une plateforme de vidéo de rattrapage en ligne, et surtout des intervenants de l’industrie de la création ou leurs représentants: Vivendi, SNED, UPFI,SEVN…en gros ceux qui perdent du volume d’affaires avec le numérique et qui voient leur salut en la Hadopi. Rien de bien étonnant en réalité, puisqu’ils sont les premiers concernés par le soutien à la création, en tout cas lorsque cette dernière est susceptible de faire l’objet d’une commercialisation. La table ronde a duré un peu plus de deux heures au cours desquelles, l’experte Nathalie Sonnac donc, a notamment détaillé les pistes qui lui tenaient à cœur dans le cadre de sa mission,  avec en vrac : les modèles d’affaires et leurs impacts sur la diversité des contenus, l’économie des algorithmes (moteur de recommandation), l’économie de l’attention, l’étude complète de la chaîne de valeur de la création (artiste, artisan, auteur) dans une acception large de la création pouvant aller jusqu’à couvrir le patrimoine ou l’éducation. Le programme m’a semblé très vaste et j’avais en même temps du mal à percevoir la ligne directrice, mais c’était la première réunion et dans un format particulier. Les travaux se poursuivront pour l’essentiel via une plateforme collaborative ouverte aux contributeurs externes sélectionnés.

Globalement, les échanges se sont révélés plutôt intéressants, mais je crains réellement « un effet de capture » de la part des lobbys du secteur qui soutiendront certainement les travaux dans le sens de subventions pour leurs industries en reléguant au second plan les intérêts de l’utilisateur final (au même moment se tenait une table « usages » qui défendait peut-être ce contrepoint ? ). J’ai quand même noté une très forte attente des participants en direction de l’État au travers de subventions directes ou de mesures fiscales (baisse de la TVA notamment).  Le tout avec des raisonnements assez hallucinant du type:  l’État à fait la promotion du haut débit, toutes les études montrent que la montée du piratage (= la baisse de notre chiffre d’affaires) était concomitante, il est donc naturel qu’il vienne nous dédommager !  Comme si le bénéfice social du haut débit n’était pas largement supérieur aux coûts qu’il peut représenter pour certaines industries. Le terme de « pirate » a d’ailleurs été lâché assez vite et un certain consensus égermait pour le désigner comme la figure à abattre, sans auto-critique de la part des industriels sur ce qu’ils avaient manquer avec le virage du numérique.

En résumé, la démarche d’ouverture est intéressante et le sera d’autant plus si elle est équilibrée de sorte que les intérêts des différents acteurs  soient défendus. L’output final de l’ensemble  de ces travaux est prévu pour le mois de novembre sous la forme de pistes proposées au Collège de la Hadopi qui pourront, ou non être retenues.

Let’s see…

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