Utilité Musicale Croissante

Une prime à l’accumulation et à la collection ?

Dans le précédent billet, j’expliquais que le bien musique pouvait être appréhendé comme possédant par nature les propriétés d’un bien public ou quasi-public. La présente contribution se veut intermédiaire avant d’aborder plus directement les impacts de ces considérations en termes de financement de la filière musicale. L’idée que je veux appuyer ici est qu’au-delà de ces propriétés, sa valeur – comprise dans sa signification économique – est elle aussi particulière car elle ne cesse de croitre avec chaque unité consommée.


De l’utilité du travail


Cette affirmation peut sembler anodine, mais elle est en fait très importante aussi bien pour la détermination d’un prix que sur les incitations générées en direction des consommateurs. En effet, en économie il existe depuis toujours des débats sur ce qui constitue la valeur (et donc souvent le prix) d’une chose. En schématisant, on retrouve deux écoles les classiques (Smith, Ricardo, Marx…) et les utilitaristes qui défendent respectivement les théories de la valeur fondée sur le travail et sur l’utilité. Pour les premiers, la valeur d’un bien est fonction de la quantité de travail incorporée. Plus la quantité de travail nécessaire à la production d’un bien est importante et plus sa valeur d’échange et donc son prix sera élevé. Adam Smith expliquait que s’il fallait deux fois plus de temps pour chasser un daim qu’un castor, il était naturel qu’ un daim s’échange contre deux castors. Ricardo poursuivait dans cette voie en ajoutant la notion de rareté et le caractère reproductible des biens, quand Marx transforma le bien en « marchandise ». Pour les utilitaristes en revanche, la valeur d’un bien ne dépend de la quantité de travail nécessaire à sa production mais de l’utilité qu’on en retire en le consommant. L’utilité renvoie ainsi à la notion d’offre et de demande, puisque plus un bien est utile et plus il va être demandé et donc plus son prix et sa valeur d’échange seront élevés.

Du paradoxe de l’eau et du diamant


Si la valeur d’un bien repose sur son utilité, comment expliquer que des biens dont on ne peut contester l’utilité ont une valeur d’échange faible, et que à l’inverse, des biens dont l’utilité restent à démontrer ont une valeur d’échange très forte ? On parle du paradoxe de l’eau et du diamant : l’eau est infiniment plus utile que les diamants et pourtant sa valeur d’échange reste faible, à l’inverse du diamant justement. C’est Jevons qui résoudra ce paradoxe avec le concept d’utilité marginale : à chaque unité supplémentaire consommée, comment varie l’utilité (la satisfaction associée) ? Si l’eau à une valeur plus faible que le diamant c’est parce que son utilité marginale est décroissante – c’est-à-dire qu’elle diminue au fur et à mesure de sa consommation — à l’inverse du diamant. Si j’ai soif, le premier verre d’eau que je vais boire m’est très utile, le second probablement un peu moins…jusqu’à un seuil où l’utilité associée au n+1ème verre devient nulle. Transformé en prix, je serais prêt à payer très cher le premier verre et de moins en moins pour chaque verre supplémentaire. C’est donc de l’utilité marginale que va dépendre le prix d’une chose, qui n’aura donc pas la même valeur selon le le contexte (qui fixe son degré de rareté) susceptible d’être rare dans certaines situations et abondante dans d’autres…

Si on applique ce concept à la musique, quelle est son utilité marginale ? Avant tout, il convient de définir le scope du bien musique : tous les styles, un style en particulier, un artiste, un album, un morceau… Comme vous comme pour moi je l’espère, la musique est en général un bien dont l’utilité marginale est croissante (presque) sans limite. Plus j’écoute de la musique et plus je prends plaisir à en découvrir, plus j’apprécie un style et plus je prends plaisir à découvrir de nouveaux artistes…la limite se situant à mon sens au niveau d’un morceau de musique où une écoute répétée peut engendrer de la lassitude et donc une utilité marginale décroissante  arrivé à un certain seuil. Comme je le sous-titrais, si l’utilité marginale associée à la musique ne cesse de croitre il est alors naturel que les consommateurs aient tendance a (et à vouloir) en accumuler sans cesse davantage. On entre ici dans les effets de collection où chaque morceau / album a une valeur intrinsèque mais où la collection (ou l’intégrale) amène aussi une valeur additionnelle (une sorte d’externalité positive).

Bien Public + Utilité Marginale Croissante ca donne quoi sur l’industrie = réponse dans le prochain billet !

 

 


Une réflexion sur “Utilité Musicale Croissante

  1. Pingback: La Musique elle aussi rythmée par la curation ? « InfraMarginal

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